HYDRA: Combat & pensée

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HYDRA

Ce qui est écrit ici et ce qui sera rajouté demain est et restera provisoire, toujours, à enrichir.

Prémisses

La richesse, les conceptions les plus avancées du monde de demain, les forces pour les mettre en œuvre, viennent entre autre des endroits les plus économiquement, matériellement, écrasés du monde; de ce qui jadis aurait été désigné comme réservoir de ce que certains nommaient le "sous-prolétariat"; terme dénigrant évidemment, autant que réducteur. Ces richesses sont pour le moment cachées presque à tous, y compris parfois à ceux qui les détiennent.

A nos yeux, l'oppression ne commence pas avec la faim, l'emprisonnement ou la mort. L'oppression commence partout où un pouvoir coupe un individu de la possibilité d'accomplir son talent, de se construire en construisant le monde. A partir de là, toute violence psychologique, physique, économique exercée par un pouvoir sur un homme, emprisonnement, censure, pression militaire ou matérielle, ne sont qu'autant de murs dressés entre cet homme et son accomplissement.

Aucune misère n'est exclusive de l'autre; la misère matérielle n'est pas la seule. Notamment en Europe occidentalisée, sous la misère matérielle grandissante, s'entasse une misère culturelle, existentielle, suffocante. Ce sont toutes ces misères que nous combattons, sans exclusion, armés des forces héritées et créées par tous ceux qui y résistent. Et comme la terre cultivée asséchée attend l'eau de la pluie, nous faisons chaque jour le même rêve; rêve dans lequel nous voyons peu à peu émerger, là même où règne la misère, et par l'action même des forces et richesses culturelles bridées de ce monde, une unité décidée à tout mettre en œuvre pour que tous les talents aient ici bas la possibilité de se réaliser.

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Le mal

Nous ne pouvons et ne pourrons jamais prétendre avoir tout compris et avoir identifié tous les moyens de combattre le mal sous toutes ses formes. Mais, d'ores et déjà, nous avons saisi ces quelques réalités, ainsi que les actions auxquelles elles appellent (nous précisons que nous parlons à partir du terrain où nous nous trouvons aujourd'hui, l'Europe et la France):

La désunion est aujourd'hui quasi globale; désunion entre les différents types d'âmes en peine qui errent ici bas, quelque soit la communion ou la spécificité de leurs misères. Mais, en France, et plus largement en Europe occidentalisée, les différents types de misères existantes, misère sociale, existentielle, matérielle, spirituelle, culturelle… ont selon nous, au moins une cause commune: l'image identitaire dans laquelle ne cesse de se blinder l'Europe.

Cette image, nous la nommons autrement l'occident: cette entité ni vraiment précise historiquement, ni géographiquement, mais en revanche tout à fait identifiable idéologiquement qui continue à renvoyer certains à un sentiment de supériorité à peine un peu plus déguisé aujourd'hui, et les autres à des murs prétendument ouverts, tels que le concept d'intégration. D'un côté comme de l'autre du mur, des murs, il n'y a que le mensonge.

Mensonge par lequel certains habitants du Sud de la France ou de l'Espagne, arrivent à croire que, sous prétexte qu'ils appartiennent à cette entité géographique dénommée l'Europe, ils ont plus de points communs avec un danois ou un suédois qu'avec ceux qui, de l'autre côté de la même mer, habitent les rives d'en face.

Mensonge par lequel entre autre certains paysans andalous au teint cuivré finissent par se voir blancs.

Mensonge, par lequel, siècle après siècle, jour après jour, le continent européen apprend à oublier, nier, la multiplicité des identités et richesses culturelles qui l'ont généré, jusque dans ses plus honorables conceptions philosophiques, œuvres en tous genres et combats.

Mensonge, par lequel, d'autres, enfants d'immigrés ou immigrés sont renvoyés à la haine ou à la nécessité de mépriser la noblesse de leur réalité multiple, que nous nommons la "métèquité".

Par ailleurs, s'installe un sentiment d'inquiétude grandissant éprouvé par les générations des trente glorieuses envers les générations montantes; ou autrement dit, peur des "anciens plus ou moins aisés", envers les "certainement plus précaires", assimilés à l'image d'un futur de jour en jour plus riche en promesses d'appauvrissement. Sentiment qui creuse et multiplie encore plus les fossés entre les hommes; sentiment qui enferme les générations montantes dans la certitude que toute place dans le monde de demain se gagnera sur le corps des autres. Sentiment, encore exaspéré, parfois avec talent, par les représentants médiatisés actuels de la génération montante, essentiellement par le rap tel qu'il est devenu, et dont le message essentiel pourrait se résumer par ces quelques mots: "avoir galéré m'autorise à me comporter comme un porc"; "Qui veut réussir doit se comporter comme un porc"; "Rien ne changera ici bas, la réussite ne peut être que personnelle ou à la rigueur, si elle ne dérange pas l'individualisme, familiale".

Nous respectons toute tentative de résistance, toute tentative d'opposition et de réunion au sein de la lutte contre la mondialisation libérale (que nous appelons, nous, l'occidentalisation). Mais nous considérons ces tentatives, bien qu'absolument nécessaires et profondément honorables, insuffisantes. Du moins, ici, en Europe occidentalisée, où quasiment plus aucune culture populaire, au sens où nous l'entendons "ce qui lie les hommes et libère du sens ", n'existe.

Ici, en Europe occidentalisée où nous vivons, toute protection culturelle, face aux tentations générées par les pouvoirs, a disparu. Ici, l'individu se définit par ce qu'il a, non par ce qu'il est, non par sa singularité, sa puissance sociale, son apport à la société en dehors de l'emploi que la société capitaliste marchande a bien voulu lui fournir.

Qui peut aujourd'hui dans les villes et la majorité des campagnes européennes, prétendre exister à travers sa position culturelle, en tant qu'ancien, ou mémoire vivante, ou conteur, ou chanteur, ou penseur de la communauté dans laquelle il vit? Contrairement par exemple à une encore assez grande partie de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique latine et indienne.

Ici, Europe, la pensée scientifique fondée sur le doute, a fini par s'ériger en seule véritable pensée, renvoyant la poésie à la détente, le chant et la danse aux professionnels, la spiritualité à une sorte d'archaïsme évanescent et imprécis, la religion à l'ecclésiastisme, la lutte au passé. Tout autre forme de pensée et d'expression ont fini par disparaître. Toute forme de mythologie ayant été primitivisée, le mot tradition ayant été assimilé au folklore ou aux idéologies rétrogrades, l'Europe de l'Ouest est devenue une sorte de monde étrange sans culture, où personne ne sait plus chanter, penser, danser, conter, et où une minorité d'intellectuels diplômés se partagent un savoir théorique d'autant plus prisé qu'il semble détaché de toute réalité; savoir dont ensuite une masse de professeurs, d'amateurs de livres ou de visiteurs de musée se délectent des miettes en jouant aux érudits.

Quelle pratique culturelle, quel rituel, quelle philosophie, quelle spiritualité lie aujourd'hui en Europe de l'Ouest les hommes entre eux?

Nous ne pensons pas que la dérive sectaire, le réveil des folklores ou encore tel pseudo spiritualisme volontariste de type new age soient une réponse à ce manque.

Nous pensons que la réponse à ce manque, à ce vide culturel, est aujourd'hui d'abord la prise de conscience de ce manque, et de l'histoire au fil de laquelle il est advenu. Nous pensons que la volonté de conquérir cette conscience peut faire culture au sens où nous l'avons entendue: "lier les individus et libérer du sens".

Nous pensons que ce désir de prendre conscience est un des incontournables point de départ à partir desquels refonder une culture et une unité.

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Les armes

Notre moyen d'action actuellement est d'abord la musique. Car c'est ce que nous savons faire et qu'elle incarne déjà une réalité à même de représenter l'aspiration culturelle et le combat de HYDRA. Ensuite, elle est évidemment créatrice de liens, et d'instants où peut s'incarner sur scène un bout, aussi infime soit-il, du monde que nous voulons.

Le déferlement

Notre désir autant que notre besoin vital et objectif de combat, est de faire entendre, ressentir ce manque culturel européen à tous, ou autrement présenté, de faire sentir cette part culturelle perdue de l'Europe empoisonnée par l'idéologie occidentale ; notre besoin et notre but sont de faire entendre la présence millénaire de l'Afrique et de l'Asie dans l'Europe, de faire entendre ce que nous appelons " le versant oriental de l'Europe ", oublié, étouffé par l'occidentalisation. Faire entendre sa présence jusque dans le chant de la langue du pays où nous nous trouvons, en l'occurrence le français, en réveillant sa latinité, sa mélodicité, sa rythmicité, sa méditerrannéité, actuellement recouvertes, bien que parfois déjà réaffirmées par le rap ou les chanteurs étrangers qui s'en emparent.

Nous voulons intervenir partout, car partout sont les misères toutes confondues, partout sont les damnés de la terre, quelque soit le subtil détour de leur damnation d'ici bas, partout sont les forces qui étouffent et que le monde réclame.

Nous voulons intervenir partout, partout en France et en Europe de l'Ouest d'une part, car c'est là, où nous nous trouvons, que le mal universel qui frappe le monde se nourrit le plus.

Nous voulons intervenir partout ailleurs, d'autre part, en tant que voix d'une Europe qui redécouvre et qui chante la présence du monde sous toutes ses formes en elle même, qui chante la douleur de l'oubli et de la négation, et les joies des retrouvailles.

Nous voulons intervenir partout, encore, pour faire entendre que quel que soit le degré de misère atteint, personne ne naît sans talent, ni force, et qu'il est du devoir, et non seulement du droit, de chacun d'honorer le monde de l'expression de cette force et de ce talent, quoiqu'il subisse ou ait subi.

Nous voulons intervenir, enfin, pour faire entendre qu'avant d'entrer dans le combat, tout homme doit être animé d'une passion, que nous concevons comme le feu entretenu de son talent, et que c'est d'abord au nom de la possibilité d'honorer le monde de sa force, que l'homme doit combattre quand les castes et règles qui gouvernent le monde lui interdise ce don, à lui et aux autres.

A venir: 1er communiqué des "Peuples du Versant Oublié de l'Europe"

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